Mon Histoire | Mickaël Giraud-Telme - Photographe Naturaliste

Mon Histoire

De l'aigle de Chabrière à 30 ans d'affûts.
La patience comme philosophie.

Mickaël Giraud-Telme - Photographe naturaliste

L'aigle de Chabrière

J'avais quatorze ans, peut-être quinze. L'âge où l'on croit encore qu'on peut disparaître dans les montagnes et n'en jamais revenir.

Ce matin-là, j'avais quitté Orcières avant l'aube. Pas par les sentiers — ils ne mènent qu'aux endroits où tout le monde va. J'avais pris par là où le chemin n'a plus de trace, là où seuls les chamois, les chevreuils, les renards font leur vie.

Au sommet d'une crête abrupte, le casse-croûte dans une main, les jumelles dans l'autre, j'observais. Sur la crête d'en face — bien plus haute, bien plus imposante — une harde de chamois broutait l'herbe rase des sommets. Chabrière veillait au-dessus d'eux, massive, indifférente.

Et puis il est arrivé. De nulle part.

Un aigle royal. Les ailes repliées en mode torpille, une masse sombre lancée à pleine vitesse contre le ciel. Il s'est jeté sur l'éterlou — un jeune chamois de l'année. Le choc a été brutal. Puis la chute. Deux cents mètres. Peut-être trois cents.

L'aigle a déployé ses ailes. Il a plané. Puis il est descendu, lentement, majestueusement, vers le corps disloqué en contrebas.

Je suis resté là. Immobile. Le cœur battant si fort que je l'entendais dans mes oreilles. J'ai regardé l'aigle se poser près de sa proie. J'ai regardé le festin commencer. Je suis resté jusqu'à ce que la nuit tombe.

Je n'avais pas d'appareil photo.
Pas une image.
Juste cette scène gravée dans ma rétine, dans mes mains tremblantes, dans mon souffle court.

C'est là que tout a commencé.

30 ans d'affûts, 1% de réussite

Depuis cet aigle de Chabrière, j'ai passé trente ans dans les montagnes. Alpes, Bugey, massif du Jura. À traquer le lynx, le loup, le gypaète. Des milliers d'heures d'attente. Des centaines d'aurores à -15°C.

Mon taux de réussite ? Environ 1%.

Sur 100 sorties, je rentre avec une photo exploitable. Parfois moins. Souvent, je rentre sans rien. Juste le froid, la fatigue, et le souvenir d'une trace dans la neige.

30 Années d'affûts
1% Taux de réussite
Heures d'attente

Et pourtant, je ne changerais rien. Parce que ce n'est pas l'image que je cherche. C'est la rencontre. Ce moment où le sauvage et l'humain se croisent sans se détruire. Ces moments-là n'ont pas de prix.

Mickaël Giraud-Telme en affût photographique

Ce que l'image ne dit pas

En 2025, j'ai écrit un recueil : "Ce que l'image ne dit pas - Carnet d'un photographe de nature".

Ce n'est pas un livre de photos. C'est l'histoire de toutes les photos que je n'ai pas prises. Les échecs, les attentes, les moments où j'ai choisi de ne pas déclencher. Par respect. Par humilité. Ou simplement parce que le sauvage ne se capture pas toujours.

"La plus belle photo est parfois celle qu'on ne prend pas."

Le recueil est disponible gratuitement en PDF sur ce site. Vous pouvez le découvrir ici.

Aujourd'hui

Dans une autre vie, j'ai été cordiste, pompier, chargé de patrimoine bâti. Des métiers qui m'ont appris la rigueur, la patience, le respect du détail. Mais surtout, je suis photographe naturaliste.

La photographie n'est pas mon gagne-pain principal — c'est exactement comme ça que je le veux. Pas de pression commerciale. Pas de clients à satisfaire. Juste moi, la montagne, et les animaux qui acceptent parfois de se montrer.

Je propose quelques tirages d'art en éditions limitées pour ceux qui cherchent le sauvage sur leurs murs. Je donne parfois des conférences sur la patience, l'échec, et ce que la nature m'a appris. Mais rien de plus.

Je ne photographie qu'une chose. Le sauvage.

Envie d'échanger ?

Si mon approche vous parle, si vous cherchez des tirages d'art authentiques, ou si vous voulez simplement discuter de nature et de patience, je serais ravi d'échanger avec vous.

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