J’avais quatorze ans, peut-être quinze. L’âge où l’on croit pouvoir disparaître dans les montagnes. L’âge où l’on ne sait pas encore qu’on les porte déjà, pour toujours.

Ce matin-là, j’avais quitté Orcières avant l’aube. Pas par les sentiers — ils ne mènent qu’aux endroits où tout le monde va. J’avais pris par là où le chemin n’a plus de trace, là où seuls les chamois, les chevreuils, les renards font leur vie. Là où se joue le théâtre silencieux du sauvage.

Silhouette sur crête face au Mont Blanc

Casse-croûte dans une main, jumelles dans l’autre. Sur la crête d’en face, une harde de chamois broutait l’herbe rase. Chabrière veillait au-dessus d’eux, massive, indifférente. Entre les femelles, un éterlou, encore maladroit sur ses pattes fines.

Et puis il est arrivé.