Les chiens hurlaient depuis une heure. Peut-être plus. Là-bas, dans la vallée voisine, les patous donnaient de la voix.
J’essayais de ne pas y penser.
J’étais venu pour un sommet « engagé », le genre qu’il faut aimer le vide pour gravir.
L’arête était étroite.
Sous mes pieds, un chaos de blocs instables.
J’ai senti plus que vu un mouvement. C’est en baissant les yeux.
Un loup.
Un gros mâle, massif, le pelage gris-fauve strié de noir.
Il ne m’avait pas vu. Ou plutôt — il m’avait vu depuis longtemps. Il savait où j’étais. Il s’en fichait. Il passait, en contrebas.
À cent mètres.
Peut-être moins.
Mes mains étaient agrippées à la roche. Mon boîtier, inaccessible. Je suis resté figé à le regarder traverser mon champ de vision comme si je n’existais pas.
En bas, les chiens continuaient d’aboyer. C’était lui qu’ils appelaient. Lui était là-haut.
Hors de portée.
Tranquille.
Une semaine plus tard, au Grand Pinier, une silhouette sur une barre rocheuse.
Ce n’était pas un renard.
C’était loup.un jeune loup.
La photo est médiocre, l’animal trop loin. Mais je venais de comprendre : ils étaient revenus, ils étaient dans mes montagnes.
Le loup m’a appris l’humilité. Qu’il y a des choses qu’on ne peut pas posséder.
Seulement effleurer.
Et que c’est suffisant.
