Il y a ce que la montagne me montre.

Et ce qu’elle laisse seulement deviner.

Le vent porte des présences que je ne vois jamais.

Un souffle dans les fourrés.
Une ombre entre deux mélèzes.
Un silence qui n’est pas tout à fait vide.

Parfois, je vois.

Et je choisis quand même de laisser partir.

Un rapace, sur son perchoir.
Le cœur battant.
L’appareil, à moitié sorti.

Et puis ce silence en moi qui dit non.

Je suis resté figé.
Il a fini son repas, indifférent à ma présence.

Quand il s’est envolé, j’ai rangé mon boîtier.
Sans avoir rien pris.

D’autres fois, je ne vois jamais.

Et j’imagine quand même.

Des années à suivre un fantôme.

Pas lui — jamais lui.
Juste ses traces dans la neige.
Son passage.
Son ombre devinée.

Courir les crêtes.
Redescendre bredouille.
Recommencer.

Le vent, sur les sommets, qui semble parfois porter sa présence —
sans jamais me la montrer.

On continue quand même.
On espère quand même.

Et puis, une fois —

la magie.

Une rencontre, furtive,
après tant d’années à n’avoir que le vide.

Je ne cherche plus seulement à capturer.
J’apprends à laisser vivre.

Ralentir.
Respirer.
Contempler.

Laisser le sauvage à sa place —
la sienne, pas la mienne.

Certaines images, je choisis de ne jamais les prendre.

Je les garde en moi, intactes,
à l’abri de tout objectif.

L’invisible, c’est peut-être ça :

ce qu’on refuse de saisir,
et ce qu’on ne parvient jamais à saisir.

Entre les deux —
toute une vie passée à écouter le vent.

Ce livre raconte ces absences, ces échecs, ces choix. Le recueil complet : Ce que l’image ne dit pas.